22. Troubles alimentaires : manger moins pour vous ennuyer plus

Ecrit par Miss Caustique
Jusqu’au 1er janvier, je me nourris exclusivement d’eau. C’est gratuit. Spirituel.
Et idéal pour ruiner l’ambiance.
Déjà trois semaines qu’on apprend à se connaître tout en douceur.
À partir de maintenant, on monte en intensité.
On attaque les vrais dossiers.
Les casseroles du passé qui continuent de coller au fond.
Commençons par un sujet délicieusement excitant :
les troubles du comportement alimentaire.
J’ai trouvé une idée élégante, subtile et parfaitement punitive
pour les gens avec qui je vais réveillonner
et qui, étrangement, ne m’ont pas proposé la soirée plage de mes rêves.
Le jeûne hydrique.
Jusqu’au 1er janvier, je me nourris exclusivement d’eau.
C’est gratuit.
Spirituel.
Et idéal pour ruiner l’ambiance.
— Ah, déjà ton troisième toast de foie gras ?
— Moi non. Je clôture l’année 9 en conscience.
Je me suis offert un bilan psychologique régénérant et je procède maintenant à un reset complet de l’organisme :
jeûne hydrique + année 1 en numérologie.
Le bénéfice énergétique devrait être immense.
Tu bois quoi ?
De la piquette ?
Parfait.
On trinque quand même alors : à ta santé !
Ça va être fantastique.
Et tout ce temps gagné sur la cuisine, la vaisselle et les courses
va être réalloué à un usage plus cohérent
avec mes convictions profondes :
une décroissance appliquée.
Au fond du canapé.
Chez moi, les restrictions alimentaires,
ça a commencé dès 14 ans.
Ma mère avait eu cette idée discutable de me suggérer un régime.
Me critiquer, c’est rarement une bonne stratégie.
J’ai décidé de l’en informer, sans pédagogie,
avec un bon trouble alimentaire des familles.
Je n’étais pas malade.
Ni anorexique.
Ni boulimique.
J’étais déterminée à anéantir la critique.
Méthodiquement.
J’ai arrêté de manger avec les autres.
Je me faisais de volumineuses salades vertes,
sauce eau salée.
Midi et soir.
Je montais sur la balance cinq fois par jour.
Les résultats étaient rapides.
Spectaculaires.
Ça a commencé à sérieusement inquiéter maman.
Quand il y avait des invités,
je devais patienter sans salade
et m’asseoir à table comme tout le monde.
On a commencé à me surveiller.
De plus en plus près.
Pour m’empêcher d’accéder aux toilettes après dîner.
Alors j’ai commencé à régurgiter avec créativité.
Par-dessus le balcon.
Dans les pots de fleurs du salon.
Dans un double sac plastique, dans ma chambre.
Mention spéciale pour le lavabo de la salle de bain,
que je déconseille fortement,
surtout quand il faut ensuite démonter la plomberie.
Au jeu des sept péchés,
l’orgueil bat la gourmandise.
Donc quand je commence un duel,
je vais jusqu’au bout.
Mais celui-ci était quand même triste.
Et tout à fait sans issue.
Mon salut, je le dois à un pédo-psychiatre correct
qui m’a proposé une porte de sortie honorable.
Il a observé le tableau clinique,
puis posé un diagnostic totalement à côté de la plaque.
Impeccable, bien formulé,
séduisant dans son intitulé :
Dépression précoce avec symptômes anorexiques-boulimiques.
J’ai été impressionnée.
Et pas peu fière.
C’était présenté comme une promotion.
Je me suis empressée d’accepter.
On sous-estime souvent le talent des psychiatres.
Parfois, ils vous sortent d’une impasse
sans même l’avoir prémédité.
Je ne vous cache pas qu’avec le Prozac
qu’il m’avait prescrit,
il y a eu quelques effets secondaires
sur ma scolarité au collège.
Je dormais en classe.
Je bavais sur mes copies.
Et j’ai réussi à éveiller l’intérêt
des cancres de la classe.
Mes premières mauvaises fréquentations,
je les dois au pédo-psy,
qui, dans sa grande lucidité,
m’avait également donné goût à la drogue.
Dans ma vie, la « dépression »
a été une révolution silencieuse.
Je suis passée de rat de bibliothèque solitaire
à pièce maîtresse
d’une vie sociale riche et mouvementée.
Comme quoi, parfois,
il suffit d’un bon diagnostic
pour changer de trajectoire.
Alors ce jeûne hydrique,
ce n’est pas un retour en arrière.
C’est un clin d’œil.
À la petite fille que j’ai été. 🎶
À celle que je suis encore souvent…
Une âme prête à défendre sa dignité
jusque dans la tombe,
même quand l’adversaire fait partie de la famille.
Surtout quand il fait partie de la famille.
J’espère que tu as apprécié l’amuse-bouche de la semaine, cher lecteur.
Demain, on papote inceste.

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.
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