25. IVG : un de perdu… un de perdu

Challenge d'écriture 2025

Ecrit par Miss Caustique

Une formalité.
Un cachet, et hop,
on jette le bébé avec l’eau du bain.

Premier jour de l’année.
Je me disais que ça méritait un sujet gai. Raté.

C’est l’histoire d’une rencontre, un soir dans un pub, avec un charmant jeune homme.
Qui se souvient très bien de moi.
Et que, de mon côté, je ne remets absolument pas.
Normal.

– Infirmier de bloc. On s’est vus à ton IVG *.
J’y étais… mais pas vraiment consciente.

Dans le marketing, on dit souvent qu’il n’y a pas de mauvaise pub.
Tout de même.
Ça pose une ambiance.

En tout cas, pour les femmes anesthésiées, nues, les pattes écartées sur un brancard froid, il y a aussi un public.
Cupidon frappe partout.
Toujours bon à savoir.

D’habitude, j’ai un faible pour les hommes sincères et les situations cocasses.
Mais là, dans le timing de la soirée, petit rafraîchissement.
Le genre de moment où tu commandes une pinte pour la siffler sans respirer deux tables plus loin.

Depuis, les blouses blanches et moi, ça n’a jamais dépassé le cadre professionnel.
Je suis peut-être pas très nette, mais au moins je le sais.

Ce type était le cadet de mes soucis, à une période déjà bien merdique.
Moi qui avais toujours voulu être mère, j’étais tombée enceinte amoureuse.
Un bel homme. Intelligent. Ouvert d’esprit.

Le hic : j’étais jeune étudiante, financièrement au crochet de mes parents.  Compliqué.

Vous connaissez le slogan « mon corps, mon choix » ?
Le géniteur avait intégré le concept à la perfection.
Pour moi, « comme tu veux », c’est une prise de position acceptable quand on hésite entre popcorn salé ou sucré. Ça s’arrête là. 
D’après lui, aussi transposable aux questions de vie ou de mort.
Pas contrariant, le garçon.

Seule solution qui semblait cohérente avec mes ressources : l’interruption de grossesse.

Ça me semblait une formalité.
Un cachet, et hop, on jette le bébé avec l’eau du bain.
L’embryon, si tu préfères.
Au ressenti, ça a été pareil.

Une douleur.
Un traumatisme.

J’avais pensé dans le cadre : d’abord les études, ensuite le travail.
Vu mon degré d’épanouissement pro actuel,
c’était peut-être pas l’idée du siècle.

Mais bâtir demande plus de talent que détruire, d’où le choix de la pilule « miracle ».
Une solution banalisée, simple comme un bouton “retour arrière”.
Sauf qu’on ne revient jamais en arrière.

L’anesthésie administrée ce jour-là n’a pas touché que mon utérus.
Mais tous les pans de ma vie.
Plus de joie.
Plus de curiosité.
Plus de saveur.

L’IVG a certainement sauvé de nombreuses vies après. Façon de parler.

La mienne est devenue inepte.
J’avais repris les bancs de l’école.
Pour écouter des discours intellectuels vaporeux, sans substance.
Tout ça pour des fadaises. Pour rien.

18 ans après, je me demande encore si j’ai pris la bonne décision.
Et la sagesse populaire brille par ses limites :
« Un de perdu, dix de retrouvés. » Ou Pas.

Demeure mon proverbe fétiche des jours de tempêtes : « Les voies du Seigneur sont impénétrables. »
Sans doute. Les miennes, beaucoup moins.

Alors à l’instar de l’infirmier du début,  dès la première nuit partagée,
je pose désormais l’ambiance :

« Si je tombe enceinte, je le garde ❤️. »

Avec zéro enfant à mon actif, je peux tirer cette conclusion :

  • l’honnêteté est le meilleur rempart à la fertilité.
  • Et un de perdu = un de perdu.

     

* ou avortement, en langage non bienveillant.

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.

Ne manque pas les caustico-news !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vous aimez ? Partagez librement !