28. On dit merci qui ?

Ecrit par Miss Caustique
Il m’aura fallu l’âge du Christ,
un plongeon tout habillée dans un port français en plein hiver, et une arrivée en hypothermie à l’hôpital pour recevoir officiellement le titre.
Je sais ce que vous vous dites.
Oui, cette semaine, je vous avais promis de gros dossiers.
Et hier, je vous ai servi une super lune et de la maturité émotionnelle.
C’est un peu léger.
Vous avez raison, mes agneaux.
Il faut être exigeant.
Pour me faire pardonner, j’aimerais vous présenter un personnage pépite.
Qui me tient à cœur.
Pas évident d’en parler sur un blog lu par des relations professionnelles.
Mais avec un soupçon de courage et une louche d’inconscience, on y arrive toujours.
On parlait hier de limites.
Eh bien, si aujourd’hui je sais à peu près où elles sont,
je le lui dois entièrement.
Ma bipolarité.
Oui, bien sûr, il y avait eu des indices.
Des petits cailloux sur le chemin.
Pris isolément, rien de probant.
Mis bout à bout… un diagnostic Cristal clear.
Il m’aura fallu l’âge du Christ,
un plongeon tout habillée dans un port français en plein hiver,
et une arrivée en hypothermie à l’hôpital
pour recevoir officiellement le titre.
Rassurez-vous :
si vous êtes adeptes des bains de la nouvelle année,
vous êtes incontestablement fous,
pas nécessairement bipolaires.
Tout dépend de qui vous demande de sauter.
Moi, c’était Dieu.
Donc forcément… promotion.
Il existe plusieurs types de bipolarité.
Autant de versions que de cerveaux créatifs.
Chez moi, la promenade de santé se décline en deux temps.
La phase Cocooning
Se déguste doigts de pieds en éventail dans le canapé.
Énergie basse.
Nuits longues.
Objectif de vie : hiberner dignement.
La phase Volcanique
S’apprécie en extérieur.
S’accompagne de grands projets, d’envies, de sorties.
Les nuits raccourcissent.
On dormira quand on sera morts.
🌋 En topping : l’éruption.
Pic d’activité,
entrecoupé de délires mystiques ou paranoïaques.
Pour espérer dormir,
ou simplement savoir qui je suis,
l’hospitalisation est requise.
Après une crise, je redeviens un bébé.
Abrutie par une médication lourde.
Peurs.
Angoisses.
Estime de soi ras les pâquerettes.
C’est à ce moment que les psychiatres vous expliquent votre maladie
et vous proposent un traitement à vie.
Vous connaissez le jeu :
Tu préfères avoir une jambe et toutes tes dents,
ou deux jambes mais une seule dent ?
Voilà.
Maintenant, version pharmacie.
Vous préférez risquer :
- une prise de poids massive ?
- l’impossibilité d’avoir des enfants ?
- la dissolution de vos muqueuses ?
— Je vais réfléchir un peu.
— Bien sûr. Et n’oubliez pas : si on ne mange que des cachets, on ne grossit pas.
( Voilà qui change tout)
— Super.
Donc je garde l’option bibendum pour le moment
et je réfléchis.
La notice fait 12 pages. Dès la ligne 3, je sais que je suis foutue.
Vous auriez fait quoi, vous ?
Changer de psychiatre ?
Excellent choix.
Les traitements de cheval, c’est comme le rasoir à la puberté : faut pas commencer, sinon t’es abonné à vie.
D’autant que personne ne garantit l’absence de crise sous médication.
« Ça stabilise », qu’ils disent.
Le yoga aussi, non ?
De mon côté, sans être médecin ni thérapeute,
j’ai une position très claire :
mon corps, mon choix.
Après les hospitalisations, j’ai tenté une autre voie :
sevrage (très) progressif, méthodes alternatives,
et cachets de secours en one-shot dès les premiers signes d’agitation.
Attention, les sevrages brutaux provoquent des rechutes rapides — j’ai testé pour vous.
Surveiller un trouble comme celui-là,
ça demande une vigilance de ninja.
Respecter son corps.
Son énergie.
Ses émotions.
Son sommeil.
Le petit ami trop perturbant ?
Ça dégage.
Le travail hyper énergivore ?
Ça dégage.
Les soirées alcoolisées à répétition ?
Devinez.
Ça dégage.
Prendre soin de soi.
Encore.
Et encore.
Un coup de mou ?
Je m’invite au restaurant.
Au spa.
À une soirée stand-up.
Je m’offre un livre, une tisane.
Une nouvelle routine bien-être.
Tout ce qui ancre.
Ce serait pas mal de retravailler.
C’est vrai que ça stabilise.
Mais tant qu’aucun poste de critique gastronomique débutant ne se libère,
je reste avec vous, à faire semblant d’avoir un métier.
On n’est pas bien payés.
Mais qu’est-ce qu’on rigole.
Pas vous ?
C’est vrai.
Elle était pas ultra hilarante, celle-là.
Quitte à plomber l’ambiance,
je tiens quand même à remercier ma famille.
Quels que soient les diagnostics,
ils ne m’ont jamais considérée comme diminuée ou folle.
Pour eux, j’ai parfois des déséquilibres visibles.
Et je me rééquilibre.
Point.
Leur regard, leur bienveillance, leur confiance absolue en mes capacités
– même la fois où j’ai « canalisé » une conversation avec le chat –
ont compté plus que tous les protocoles.
Ils sont fantastiques.
Un peu crédules.
Mais fantastiques.
Pour finir, on dit merci à qui ?
À mon cerveau.
Un manager toxique,
jamais à court d’initiatives.
Note : ceci est une expérience personnelle, en aucun cas une prescription.

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.
Articles liés
Articles liés
30. Les vainqueurs écrivent l’histoire
Soit je suis...
29. Danse cosmique avec le cyclone
« Même les plus grands...
27. Maturité émotionnelle : l’art du chaos assumé
Être mature...


