20. Rencontres : des red flags pour les saboter toutes

Challenge d'écriture 2025

Ecrit par Miss Caustique

J’adore l’univers des applis de rencontre.
J’ai l’impression d’être à mon attraction favorite : la pêche aux canards.
Beaucoup de poissons. J’arme ma canne.

Les applications de rencontre, c’est mon truc sans être mon truc.

Très romantique, je rêve de la rencontre destinée, celle qui t’embarque dans un tourbillon d’ivresse, inévitable. J’attends que les étoiles s’alignent.

Le problème, c’est le timing.
Au rythme où tournent les planètes, il ne faut pas être pressée. D’après l’astrologie, la numérologie et une voyante très bien payée, les astres me seront plus favorables en 2026-2027.

Quand elle m’a dit ça, j’étais au fond du seau.
Aussi loin ? Mais c’est pour ça que je te paie, oiseau de mauvais augure ?

Vu le fric qu’on leur laisse, ces gens-là ne peuvent pas se permettre de te rembarrer frontalement. Ils préfèrent le chantage cosmique.
— Vous allez rencontrer quelqu’un… uniquement si vous arrivez à calmer votre ascendant Bélier.

Se servir de mes points faibles, c’était petit.

Attendre donc.
38 ans, sans enfants, ça commence à faire vieille fille. Et moi, je n’ai pas la patience. Même dans les restaurants gastronomiques qui s’éternisent, on te sert un amuse-bouche. Du pain, du beurre, un truc pour tenir.

Bien sûr, je fais confiance à l’univers pour trouver l’âme sœur.
Mais lui et moi, on n’a clairement pas le même talent pour le lâcher-prise.

Après quelques mois sans croiser autre chose que des collègues de travail — inenvisageables, ils connaissent mon caractère — la tentation des applications refait surface.

Rien de romantique là-dedans.
Mais mon côté geek apprécie de pouvoir accéder au champ des possibles depuis mon lieu préféré au monde : mon lit.

Par ailleurs, j’adore l’univers des applis de rencontre.
J’ai l’impression d’être à mon attraction favorite : la pêche aux canards.
Beaucoup de poissons. J’arme ma canne.
Et dès que ça mord à l’hameçon, hop : j’attends mon cadeau.

J’imagine déjà le gros lot.
Alors que souvent tu vises la peluche géante et que, dans les faits, tu remportes le cow-boy benêt de Toy Story, qui dégaine plus vite que son ombre.

Un match ?
Je suis impatiente de le découvrir.
Trop, même.

Mon optimisme forcené et ma tolérance aiguë envers les énergumènes originaux (cf. Relations sentimentales : miroir, drôle de miroir) forment alors une barrière ultra-efficace contre la lucidité.

Une fois lancée dans l’échange, je ne vois plus les signaux d’alerte.
Ou plutôt : je les requalifie.

Il me complimente à l’excès : observateur et lucide.
Il répond après 72 heures : posé, réfléchi.
Il me demande où je vis avant de dire bonjour : pragmatique enthousiaste.
Il écrit papa avec trois « p » : possible HPI.
Il n’a aucune photo de face : énigmatique.
Il parle sexualité dès le premier message : taquin.
Il affiche en objectif de vie « trouver l’équilibre » : déjà un point commun.

Inutile de préciser que lorsqu’on a déjà ignoré autant de red flags, on ne voit plus le vent tourner.
Et je tombe des nues quand je réalise que, effectivement, on n’était pas sur de la peluche géante.

La dernière mode ? Le ghosting.
Une fois. Deux fois. Trois fois.

Pour éviter que ça n’arrive encore, j’ai décidé humblement de me pencher sur mes propres red flags.

À éviter, désormais :

– Dire « ce n’est quand même pas la porte à côté » pour moins de 50 km.
– Répondre dans les trois minutes à chaque message.
– Détailler ma routine de sans amis fixes, soirs et week-ends compris.
– Renverser mon verre sur mon t-shirt en expliquant « c’est tous les jours pareil ».
– Révéler ma kryptonite : l’alcool, et basculer dans l’hystérie joyeuse non filtrée.
– Faire un compte-rendu du rendez-vous par SMS… pendant le rendez-vous.

Mais le vrai problème, c’est ma langue.

Quand on me demande un « ça va » poli et rhétorique, je me sens investie d’une mission scolaire.
Et j’ai fait prépa.

Mentalement, je sors deux feuilles doubles à carreaux.
Introduction. Problématique. Thèse. Antithèse. Exemples. Conclusion.

Bla bla bla bla bla.
Hi hi hi.
Bla bla bla.
Ah, tu voulais parler ? Je t’interromps : ce que tu dis me fait penser à un truc très important. Pour moi.

J’assomme le type pendant une éternité avec un enthousiasme tel qu’il n’ose pas m’arrêter.
Lui se dit sans doute qu’il a tenu bon.
Moi, j’ai l’impression d’avoir rencontré un homme incroyable. (Je est un autre.)

Fin du rendez-vous, je propose alors de prendre le temps…
de mieux apprendre à se connaître…

Et là, disparition tragique du date.

C’est peut-être de la sélection naturelle.
Mais le résultat est toujours le même : je me sens encore plus seule après.

C’était sans compter sur la puissance de mes meilleurs rabatteurs.

— J’ai rencontré quelqu’un qui pourrait te plaire hier, tout près du cabinet du psy… Il m’a fait penser à toi.
— C’est-à-dire ?
— Ben… il est normal. Enfin… comme toi.
Il fait juste un petit focus sur les Illuminati, mais rien de pathologique, a priori.
— Rassurant que tu aies pensé à moi.
— Non franchement, quand il explique toute l’histoire, ça se tient.

Une entremise à l’ancienne, par des gens qui me veulent du bien.
Formidables, ces planètes.
On se rencontre quand ?

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.

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