23. Y a du poil ? C’est pas forcément légal !

Ecrit par Miss Caustique
J’ai toujours aimé les histoires qui sortent de l’ordinaire et rêvé qu’il m’arrive de grandes choses.
Grandes, ça ne s’est jamais précisé.
Spéciales, difficile de le nier…
J’ai toujours aimé les histoires qui sortent de l’ordinaire et rêvé qu’il m’arrive de grandes choses.
Grandes, ça ne s’est jamais précisé.
Spéciales, difficile de le nier…
La première fois que je me suis fait tripoter par un membre de ma famille, je me suis dit : voilà une pierre bien abrupte sur le chemin de l’extraordinaire.
Rentrée scolaire, je tenais au moins une histoire peu commune pour ébahir les copines.
Quelle ne fut pas ma désillusion…
La première me dit : moi aussi.
La deuxième : pareil.
Début de collège pourtant.
Là, j’ai pensé qu’elles s’étaient donné le mot pour me faire suer, les garces.
Des #MeToo ultra-discrètes, genre je ne savais même pas que c’était un sujet.
Pas de ça avec moi.
La fausse modestie, ça m’irrite.
La dernière m’a achevée :
« C’est seulement à l’adolescence que j’ai eu des flashs de l’inceste de mon père.
Je n’en ai jamais parlé, donc on est parfois encore amenés à se voir. »
Ah ouais.
Changement de catégorie, quand même.
Moi, j’étais sur du « glissement de mains » en vacances, loin de mon cocon.
Comment tu veux rivaliser ?
Alors je l’écoute.
Je discute hypnose régressive, justice pénale.
Mais je pense Dark Web et solution finale.
Mon histoire : une introduction gentillette aux cauchemars silencieux des autres.
Libérer la parole autour des abus, ce n’est pas toujours simple.
Surtout dans les familles : ça leur brise le cœur.
Elles imaginent tout de suite le pire.
« Il a été violent ? »
Alors là il faut les rassurer tout de suite :
Non. Pas violent.
Faut pas exagérer…
Le message général est clair :
Ce n’est pas rien.
Juste pas assez grave pour qu’on décale l’heure du dîner.
Mais j’ai l’esprit de la République.
Et si on a fait des lois, ce n’est pas pour les chiens.
Alors je fais mon devoir citoyen :
je porte plainte.
Comme pour me féliciter, la loi élargit la définition du viol.
Je ne sais pas si c’est une si grande victoire.
Quand on voit la durée ridicule des condamnations,
on comprend surtout qu’on a nivelé vers le bas.
Tel est le fonctionnement de la loi.
Son rôle, c’est d’éviter les bains de sang.
Que les gens se fassent justice eux-mêmes.
Mais l’inceste…
Il n’y avait pas grand-chose à réguler.
Violer un inconnu, ça peut mal finir.
Mais tant que ça reste en famille,
les gens se font une raison.
Attention, je ne juge pas.
C’est humain.
Gamine, tu touchais un cheveu de ma sœur, je te courais après.
Une tarte entre frangines ?
Je me sentais légitime.
Alors peut-être qu’eux aussi se sentent légitimes.
Ou peut-être qu’on l’avait bien mérité ?
Quand tu décides d’en parler, rassure-toi :
tes proches explorent toutes les pistes.
Soit on minimise : c’était pour plaisanter.
Soit on interroge ton intention : t’avais pas un petit béguin ?
Soit on doute de ta mémoire : lui ? si gentil…
Ben oui.
Gentil.
La qualité première d’un bon prédateur.
Moi, je suis coléreuse, plaintive, râleuse.
Pas dans le bon camp, en clair.
Et certains ne se sont pas privés de me le faire remarquer.
De vrais défenseurs des valeurs familiales.
Il aurait fallu « laver le linge sale en famille ».
D’accord.
Mais t’as vu marqué lavandière sur ma tête ?
Va le laver, ton linge.
Et quand il sera propre, normalement on n’aura plus à se plaindre.
Et tout bien réfléchi, je préfère que ces affaires ne se règlent pas en famille.
Il y en a qui n’ont tellement pas la lumière à tous les étages
qu’ils seraient capables d’aller essorer la gamine.
L’inceste est l’interdit fondamental de presque toutes les civilisations.
Pourtant, le secret le mieux gardé.
Le silence permet aux abuseurs d’abuser.
Et pire : il les excuse.
On dit : il ne savait pas.
Ah bon ?
Moi, si je mets la main dans ma culotte
et que ce n’est pas le jour de l’aquagym,
je peux vous dire que toute la pièce est au courant.
Ils savent ce qu’ils ont fait.
Ils ne savent juste pas que c’est grave.
Tu m’étonnes.
Tonton* n’a déjà pas toutes ses cases,
il a la main baladeuse, mais
on le laisse circuler, et on dit à l’enfant de se taire.
Forcément, ça brouille un peu le message collectif.
Parlons, chantons, disons, affichons.
C’est plus juste pour nos enfants.
Et, pédagogique pour les tontons qui comprennent vite
seulement quand on explique longtemps.
En bref, mon avis à moi il est simplissime.
Le linge sale, c’est très bien en famille.
Mais le tonton violeur, c’est dans la machine.
*Tonton c’est un concept.
Il peut être père, grand-père, tante, sœur, cousin, cousine, ou toute personne suffisamment proche pour qu’on te dise ensuite
« oui mais quand même… c’est la famille ».

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.
Articles liés
Articles liés
26. Mon éveil spirituel homologué à Sainte-Anne
Évasion d’hôpital...
25. IVG : un de perdu… un de perdu
Une formalité.Un cachet, et...
24. Toxiques, cotillons et jour de l’an inversé
Hautement dépendante à cette...


