4. Gentillesse et règlement de comptes sur fond d’alcool

Ecrit par Miss Caustique
Et dans cet équilibre déjà précaire débarque mon meilleur ennemi : l’alcool. Et là, la phrase qui s’imprime dans mon cerveau :
« Celui qui fuit son ennemi est un lâche. »
Me revoilà pour affronter ma page blanche, challenge oblige. Mais j’ai pas grand chose à discuter ce soir. Il y a des jours comme ça où je doute de tout : de mes choix, de mes actions, de la pertinence d’écrire un truc qui n’intéressera peut-être personne. Et la semaine d’avant, j’avais tellement d’idées qu’il fallait presque me bâillonner pour calmer ma logorrhée.
C’était pareil au boulot.
À la prise de poste : créative, motivée, prête à refaire le monde.
Il suffit ensuite d’une mini-couille dans le potage — une erreur banale, un collègue pas enthousiaste, une faute d’orthographe — et je remets toute ma légitimité en question. En dix minutes, j’ai l’estime de soi d’un moineau estropié.
C’est généralement là que j’envoie des textos à mon ex. Enfin… “ex”. Le dernier avec qui j’ai eu une relation à sens unique, mais qui m’invite à dîner si on couche. Et quand je quitte son antre, sourire de façade, insatisfaite notoire, je me sens inutile, humiliée, l’orgueil dans les godasses. Le combo préféré des masochistes.
C’est aussi pile le moment où l’Égo choisit de faire son come-back. Il me tape sur l’épaule et souffle : « Mais ils sont pas bien cinglés ces connards, vas-y, remets-les à leur place. » Alors là, la page blanche n’existe plus : je me transforme en dragon.
À l’intérieur, c’est une coloc de personnages mal coordonnés : l’estime en berne, l’égo vengeur, la conscience qui tente un rappel à la loi. Et dans cet équilibre déjà précaire débarque mon meilleur ennemi : l’alcool. Et là, la phrase qui s’imprime dans mon cerveau :
« Celui qui fuit son ennemi est un lâche. »
La maxime est pas de moi, c’est toujours ça.
Bref, je rue tel un taureau vers le quatrième lascar : un vin rouge bien tannique (j’aime bien parce qu’il y a “nique” dedans, et ça passe quand même devant le sommelier). Au début, il est charmant : musique, danse, ambiance. Et puis soudain, il me rappelle que mes “amants” ne sont là que pour la consommation. Moi ? Une marchandise ?
Le sang me monte, l’égo fume la bouteille. Puis je prends mon téléphone…
C’est le moment où les ex ne comprennent pas vraiment ce qui leur arrive. Et avec le recul, je les comprends un peu.
Ils fréquentent une nana gentille, ouverte d’esprit, empathique, développement personnel et compagnie, qui s’excuse un peu d’exister. Et tout à coup, La tornade. Dr Jekill et Mr Hyde.
23h59 — Salut. Tu vas bien ?
00h00 — C’est mon anniversaire aujourd’hui. Tu me le souhaites pas ?
00h01 — Je suis toute seule mais t’en as rien à foutre. Je te l’avais dit que c’était en juillet. Si tu t’intéressais à moi, tu l’aurais retenu.
00h06 — Ça sert à rien d’être désolé. T’es mignon mais t’es pas courageux. J’ai l’habitude des gars comme toi, vous avez tous des gros bambous dans le cul.
Rétrospectivement, y’a deux-trois gars qui ont dû être soulagés de ne jamais passer au niveau relationnel supérieur.
Ils se disent : elle est complètement bipolaire en fait. Bien vu, Einstein.
Alors je vous cache pas : le réveil fait mal. Je relis les messages, je sais que j’ai été (bien) trop loin, je voudrais m’excuser platement. Mais mon égo, pas encore dégonflé, souffle : « Toi, au moins, t’es courageuse. Ce que t’as fait, c’est classe»
Et moi je le crois. Alors ça passe crème : j’assume (grave).
À demain pour la suite des aventures.

Ecrit par Miss Caustique
Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l’humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques « drôlatiques » expériences de mon crû.
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