11. Avarice. C’est là son moindre défaut

Ecrit par Miss Caustique
De mon côté, on n’est pas sur un problème d’avarice. Chez moi, c’est médical.
Mon Muladhara se dérègle.
Marché de Noël, Strasbourg, 1995.
Je cherche LE cadeau qui fera plaisir à papa. Je déniche une bouteille de vin cuit artisanal. Tout mon trésor de la petite souris y passe, une année d’économie, mais ça les vaut. Je suis en joie.
Marché de Noël, La Réunion, 2025.
Je déambule, j’imagine des cadeaux pour la famille. Lampes artisanales, cosmétiques naturels, bijoux aux fleurs, livres, vêtements. Je repars avec une carte postale collective.
Et un magnifique porte-encens sculpté. Pour moi.
Suis-je avare ? Absolument pas. Mais comme je dis toujours : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».
La pingrerie, la vraie, je connais. Je me souviens d’une femme. Brillante, pétillante, cadre dynamique. Pourtant, elle consommait déstocké, magouillait du tabac espagnol, disparaissait avant l’addition, et offrait ses restes de frigo en guise de présents. Décomplexée. Avec elle, je me sentais normale.
Quoique de mon côté, on n’est pas sur un problème d’avarice.
Chez moi, c’est médical.
Mon Muladhara se dérègle. Tu sais le chakra racine. Celui qui gère le rapport à l’argent, au territoire, la peur du manque. Pour la faire courte, le mien jauge chaque dépense selon son Return on Investment, façon Sup de Co.
Avec ma meilleure amie, on avait une règle simple : une fois toi, une fois moi. 1 point partout, balle au centre.
Mais la nature, dans son infinie bonté, est venue me challenger. Et telle qu’elle m’a créée en fourmi logique, laborieuse et anxieuse, elle a créé mon double maléfique, Madame Cigale. Splendide, insouciante, et régulièrement à découvert. Comme son compte en banque du reste.
Nous deux, c’est les vases communicants.
Madame Cigale a le don de ne pas compter. Et ça, c’est hyper utile quand on se fait inviter au restaurant.
Apéro.
Champagne. Tu me connais, je ne bois QUE des bulles.
Entrée.
Crème de burrata truffée, parce que c’est la vie.
Plat.
Je prendrai la suggestion du chef.
Pour ma fille, un menu enfant. Onze mois déjà.
Puis mettez aussi un bar pour mon mec. Un poisson entier, en take-away. Normal.
Dessert.
J’hésite. Bon. Comme d’habitude, un café gourmand.
À l’addition, mon visage se synchronise avec Muladhara : rouge brique, rouge corrida.
La générosité me perdra. Le week-end prochain je m’en tiendrai au porte-encens…
Noël, Strasbourg, 1996.
Papa se rend à un dîner.
— Mince, j’ai oublié le caviste… Attends, il reste une bouteille on dirait. Ah, du vin cuit ? Ça a l’air immonde.

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l'humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques "drôlatiques" expériences de mon crû.
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