6. Un samedi soir sur la Terre

Challenge d'écriture 2025

Ecrit par Miss Caustique

Vraiment, des fois, je raconte des tranches de ma vie et on me dit :
« Quel courage. » En général, je réponds que la frontière entre le courage et l’inconscience est très mince.

Le samedi a toujours été mon jour préféré de la semaine.
Le jour de ma naissance ? Un samedi.
Le seul jour de repos hebdo suivi d’un autre jour de repos ? Un samedi.
Le jour où j’ai le plus galoché d’inconnus à la sortie des bars ?
Des dizaines de samedis.

Puis un beau jour — ça ne devait pas être un samedi — je me suis dit, terminé le bilan carbone et les conneries.
Retour fantasmé à la terre.
Un petit village des Cévennes ou de Lozère.
Toute seule.
Sans connaissances.
Sans potes aux alentours.
Un petit stage de permaculture à la rigueur. Et après YOLO.
Sur le papier.

Vraiment, des fois, je raconte des tranches de ma vie et on me dit :
« Quel courage. » En général, je réponds que la frontière entre le courage et l’inconscience est très mince.

La réalité de mon budget de l’époque m’a un peu sauvée, on n’est quand même pas passés loin de la catastrophe.
J’ai lâché l’idée du terrain agricole et me suis finalement retrouvée à jouer les mamies avec une petite maison dans un charmant village fleuri.
Achetée, bien sûr.
Quand on se cloître, autant le faire à crédit.

Ma vie maintenant c’est petit caddie,
petite épicerie,
petit dimanche en famille,
petit canapé fatigué,
robot masseur de pieds branché,
L’Amour est dans le Pré à la télé,
et quand je pousse encore un peu le vice,
les aiguilles à tricoter.

Avant encore, j’avais la bouteille facile et le décapsuleur agile
Je me suis souvent retrouvée célibataire les dimanches en après fête.
Il faut dire que j’avais une certaine aisance avec les textos de rupture du samedi soir.
Cela dit, il y avait du panache.
De l’imprévu.
De l’instabilité, si vous préférez regarder le verre à moitié vide.

Le conformisme m’a tuée.
La sobriété et les petites habitudes ont sournoisement gagné le terrain.
Le samedi soir, c’est resto, en solo, toujours à la même table.
Quand on me propose de la partager avec des inconnus, je grogne.
Parfois, y a bien un artiste qui essaie de m’emballer en fin de soirée,
mais comme je suis sobre, je refuse.
Coincée et intolérante avec ça.

Je t’affirmerai bien que ce qui prime dans les rencontres, c’est la qualité et pas la quantité,
mais soyons sérieux deux minutes :
quand un gars commence à te raconter ce genre d’histoires,
c’est qu’il y a baleine sous caillou.
Ou plutôt brindille sous slibard.

Quoi, elle n’est pas drôle cette chronique sur la solitude du samedi soir ? On n’a pas le droit au cafard ?
Le samedi soir solo, c’est un peu comme le Jour de l’an ou la Saint-Valentin.
Ça veut dire : t’as pas de vie sociale, tu comptes pas, t’es marginale.

Par chance, je me suis laissé un sas de décompression.
La maison est idéalement située à quinze minutes du PMU.
Et à partir d’un certain seuil, on ne regarde ni les baleines, ni les cailloux.

Ecrit par Miss Caustique

Je suis Miss Caustique, survivante certifiée du chaos et docteure en autodérision appliquée.
Après de multiples déboires, je pratique la résilience comme d’autres pratiquent le yoga (avec moins d’équilibre et bien plus de sarcasme).
Convaincue que l’humour facilite la guérison — et reste le meilleur raccourci vers une version 2.0 de soi, plus vivante, légère et assumée, je vous partage quelques « drôlatiques » expériences de mon crû.

Ne manque pas les caustico-news !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vous aimez ? Partagez librement !